JUSTINE BAUDET

L’ÎLE AUX OISEAUX (MAYA KOSA, SERGIO DA COSTA, SCHWEIZ 2019)

Après Rio Corgo (2015), le duo de cinéastes suisses formé par Sergio da Costa et Maya Kosa revient au Locarno Film Festival avec un deuxième long-métrage. L’Île aux oiseaux suit la convalescence d’Antonin qui, après une longue période d’épuisement et d’isolement, redécouvre le monde dans un centre de soins pour oiseaux sauvages. « C'est quoi cette odeur ? » demande le jeune homme lorsqu’il entre pour la première fois dans l’animalerie. « C'est la merde, tu vas t'habituer » lui répond Paul, qui travaille là depuis longtemps. Ces phrases d'ouverture résument assez bien le film, à la poésie crue et simple.
 
La première mission d’Antonin nous confronte à la dure réalité du monde animal : le jeune homme doit apprendre à élever et tuer des rats, afin de nourrir les oiseaux à soigner. Cette tâche, à la fois cruelle et précise, est un mal pour un bien dans le centre ornithologique de Genthod. Proche de l’aéroport de Genève, cette « île aux oiseaux » est un lieu de passage. Les rapaces peuvent se poser, faire une halte, avoir une promesse d’ailleurs et leurs cris se mêlent aux vrombissements des avions. Les grandes volières sont un lieu de récupération où on soigne autant les animaux blessés que les âmes en peine. Antonin, fragilisé par un rythme de vie frénétique, doit apprendre à se réadapter et à survivre dans un monde qui ne permet aucune erreur – comme la chouette en état de choc qu’il recueille. Le rythme lent et méditatif du film contribue à cette sensation de continuité entre homme et animal. L’Île aux oiseaux, en retraite d’un monde extérieur menaçant et inhospitalier, est un refuge atypique et apaisant que Sergio da Costa va filmer, caméra à l’épaule, et où Maya Kosa va diriger un personnage attachant.
 
En attendant qu'Antonin puisse reprendre son envol, on se laisse bercer par les images et les sons soigneusement choisis par le duo de cinéastes. Sergio da Costa et Maya Kosa intriguent et émerveillent avec leur deuxième long-métrage qui défend un cinéma du réel fait d’observations, de discussions et de surprise inattendues. L’atmosphère de L’Île aux oiseaux, loin de la frénésie ambiante, décrit un rythme lent et implacable de la nature – permettant de retrouver une envie de vivre.
Justine Baudet
Born in 1993, Justine Baudet got a Bachelor of Cinema at HEAD – Geneva in 2014 and a Master of Film History and Aesthetics at UNIL – Lausanne in 2019. She works in several film festivals, notably in the industry at Visions du Réel and in the programming board at NIFFF. Since 2017, she is co-founder and co-chair of the "Coopérative Audio-Visuelle d’Entraide – La CAVE" and, since 2019, she is an active member of the association "doc'it yourself".
(Stand: 2019)
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